Dans le courant de 2013, l'équipe du Petit Guisenois a eu l'idée de doter la Commune d'un blason, à l'instar de ce que d'autres communes ont réalisé. L'étude en a été confiée à un héraldiste, Denis Joulain, qui nous a proposé plusieurs projets dont celui-ci adopté par le Conseil Municipal et agréé par la Préfecture de l'Eure.

Il se définit ainsi :

« D’azur à la croix alésée engrêlée d’or cantonnée au 1 d’un coq aussi d’or, au 2 d’un fer de pique d’argent, au 3 d’un chevron alésé du même, au 4 de deux léopards d’or l’un au-dessus de l’autre. »

LES SEIGNEURS
Pour servir à l’étude du blason futur de Guiseniers, le rassemblement des armoiries des anciennes familles seigneuriales, dont nous connaissons le blason, ajouté aux armes de Jumièges - l’autorité religieuse la plus marquante de l’histoire locale - apporte déjà des renseignements intéressants et étonnants ! Qu’on en juge :
Jumièges
Fours
Jubert de Bouville
Jourdain
Certes, à part pour la famille des Essarts, les armes des autres anciens seigneurs sont inconnues ou incertaines. Quelques Maisons, comme celle des Dampierre ont essaimé en plusieurs branches au blason différent, ce qui nous empêche d’en attribuer un à coup sûr, faute de connaissance précise sur tel ou tel personnage concerné par Guiseniers.
La litre funéraire, dans l’église, a été identifiée par Pierre Bodin, qui en fait la description dans son ouvrage sur « les litres seigneuriales de églises de l’Eure » (Ed. Corlet 2005). On y reconnaît la croix engrêlée des Fours. A noter que cette croix s’y trouve curieusement alésée (elle ne touche pas les bords de l’écu). Il peut s’agir d’une ‘brisure’ spécifique à la branche locale de la famille ; cette particularité va nous servir.


BLEU ET JAUNE
Une première conclusion s’impose donc : il faut un champ d’azur (fond bleu) et des meubles (objets) d’or ou d’argent parmi lesquels, si l’on veut représenter Guiseniers par une image héraldique, la croix devrait avoir la primeur !
Poursuivons la recherche par un petit rappel chronologique :
Pierre des Essarts est connu à Guiseniers comme premier seigneur du nom, au milieu du XVIIe siècle. Il eut de Marie de Bernay une fille prénommée Louise, épouse en 1651 de Claude de Fours, qui lui succède.
Sa fille et héritière, Charlotte-Antoinette, épouse en 1711 Edmée-Georges Jourdain. Il se fait appeler aussi « de Guiseniers du Coudray, marquis de Guiseniers » sans doute pour cacher des origines roturières. Ses armes ne sont d’ailleurs pas toujours attestées par les armoriaux nobiliaires et ni le nombre ni la position des besants ne semblent fixés. Qu’importe, c’est le chevron qui va nous intéresser.
Enfin les Jubert de Bouville occupaient le domaine de la Bucaille en ce même XVIIIe siècle. On notera avec intérêt que ces armes figurent sur les piliers du transept de l’église d’Ecos.


LA CROIX
Le champ et la croix rappellent avant tout Jumièges, mais le fait qu’elle soit engrêlée évoque donc encore mieux la famille de Fours. Il se trouve que le clin d’oeil va encore plus loin : la croix engrêlée d’or figure sur les armes de Gisors, capitale du Vexin Normand ! A notre tour d’évoquer une originalité : les croix du blason des Jubert de Bouville ne touchent pas les bords de l’écu, tout comme la croix de la litre funéraire. Enfin, cette croix, comme pour Jumièges, peut être cantonnée de quatre « objets » qui rendront le blason spécifique à Guiseniers.


LE CHEVRON
Le premier seigneur cité dans la suite généalogique ci-dessus - Pierre des Essarts - portait comme armoiries « de gueules au chevron d’or accompagné de trois croissants d’argent ». Sa fille est d’ailleurs
marraine de la grosse cloche de l’église. Nous pouvons en évoquer le souvenir à la fois par le chevron, commun avec celui des Jourdain, même s’il n’est pas de la même couleur. On peut ainsi former le rappel aux anciennes autorités civiles du lieu. Ajoutons que le chevron aurait alors pour seconde fonction de symboliser le pignon de la grange dîmière (ferme du prieuré) et par là un autre pan de l’histoire patrimoniale de Guiseniers.


LE FER DE PIQUE
Toujours sur l’écu écartelé des Jubert, les fers de pique permettent d’intégrer l’image d’un fief important de Guiseniers à l’histoire de la commune. Toutefois, nous n’en gardons qu’un seul pour ne pas surcharger l’ensemble. En réalité, il a pour rôle premier d’évoquer le « pilum » symbolique des légions romaines et, par-là, les découvertes archéologiques sur l’époque, faites à Guiseniers.


LE COQ
Et le volatile dans tout cela ?
Outre qu’il est gaulois et national, en éveil quand il est juché sur le clocher de nos églises et annonciateur du matin, il rappelle l’importance et la célébrité d’un enfant du pays, l’abbé Lecoq : Emmanuel Lecoq prêtre, docteur de la faculté de médecine de Paris et curé de Guiseniers, que l’on venait, en cette fin du XIXe siècle, consulter de toute la région et même au-delà.
Enfin, les « léopards », même sur fond bleu, sont bien normands…
Les quatre cantons de la croix engrêlée sont ainsi pourvus. Le chevron, les léopards, le fer de pique et le coq côtoient et entremêlent l’histoire ancienne et récente ; le civil et le religieux ; les hommes et les bâtiments…


Le blason est spécifique à Guiseniers ; il est original dans sa construction autour d’une croix peu fréquente ; il a l’élégance des constructions héraldiques simples, qui est aussi la qualité première de tout blason.